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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

20 août 2007 1 20 /08 /août /2007 15:24
ERRANCES ROYALES

Après la Vie de Galilée de Brecht et La Mort de Danton de Büchner, Jean-François Sivadier s’attaque à la tragédie shakespearienne. Avec ambition et difficultés.

Sur le plateau, Jean-François Sivadier se promène. Il sert des pinces, donne des accolades, lance des signes de connivence à ses acteurs. Les acteurs, eux, regardent les spectateurs s’installer. Une fois n’est pas coutume : c’est nous qui sommes les premiers observés. Le spectacle a déjà commencé sans même qu’on le sache, la première réplique perce le brouhaha de la salle et ça y est, nous sommes les sujets du Roi Lear. Il pénètre l’espace, traverse la scène d’une traite, bondit dans la foule. Lear est éclatant, superbe, dans la force de l’âge. Il a atteint une force sereine telle que, pour lui, il n’est plus nécessaire de régner. Il lâche la force pour la seule sérénité. Mais Lear ne se défait pas si facilement de sa peau d’animal politique. Sans la couronne ni le sceptre, il n’est plus rien. Ou plutôt, il devient homme, lui qui n’a jamais été que Roi. « Qui est celui qui me dira qui je suis ? » est la question récurrente qui traverse toute la pièce. Il faudra l’abandon, la folie, la tempête, le sacrifice de sa fille la plus tendre, la mort enfin pour que Lear puisse enfin lâcher la parole politique pour le silence des mortels. Troquer enfin son costume d’acteur pour devenir un spectateur du monde qui l’entoure.

leroilear.jpg
La mise en scène de Jean-François Sivadier épouse la trajectoire de Lear et son expérience du doute. La première scène, triomphale, laisse exploser la puissance du vieux lion. Nicolas Bouchaud rugit, grogne, râle et finalement son pouvoir l’emporte sur sa lucidité. Il bannit sa fille, la sincère Cornélia, d’un revers de manche royale. Puis la suprématie de Lear s’effiloche, son influence se délite. Le désordre succède à l’ordre. Le plateau se craquelle, la surface de la terre devient un chaotique miroir de l’âme de Lear. Lear, lui, tâtonne dans le noir. Repoussé par ses filles, il s’accroche désespérément à ceux qui ne sont rien, comme lui. Le fou, puis après lui le mendiant. Surtout il connaît l’épreuve de la solitude : seul, ni roi, ni père, il peut enfin se reconnaître.

Quand le Roi Lear s’égare

Mais le long de l’errance de Lear, le spectacle se perd également. Après un départ tonitruant, durant lequel Sivadier embarque lestement les spectateurs, la mise en scène s’égare, les contrastes se brouillent. Lear côtoie la folie, l’étreint à s’y fondre lui-même. Dans le même mouvement, la pièce se dilue. On sent bien que le metteur en scène et son principal comédien ne savent plus trop où ils mettent les pieds. Le délire de Nicolas Bouchaud devient pénible. Pénible car sans ligne directrice.

Pourtant il y a de beaux moments. Il y a cette scène d’ouverture, où Sivadier donne à voir du théâtre, alors que tant de metteurs en scène du In avignonnais préfèrent l’intime et les micros. Là, il y a des corps, des voix, de l’action. Il y a également ce duo tragique et burlesque entre Lear et son fou, entre Nicolas Bouchaud et Norah Krief. L’un et l’autre s’étripent et s’épaulent. Le fou fonctionne comme révélateur photographique du roi. Et ça marche. Là, aussi, la parole et le geste ont un sens.

Apparemment Jean-François Sivadier s’est laissé dépasser par le texte shakespearien. Il semble avoir contracté le mal du Roi Lear. Il n’a pas su ou pas pu faire de choix. Pourtant celui de faire un Roi Lear, appuyé sur sa béquille grotesque, accolé de son double bouffon, semble l’avoir inspiré. Ces séquences sont les plus réussies. Au final, elles font oublier au spectateur les écueils du spectacle. Avec ce tandem, Jean-François Sivadier se dégage complètement du doute de son sujet. Son Roi Lear devient alors l’un des spectacles les plus généreux d’Avignon.

Marion GUÉNARD
www.ruedutheatre.info

Le Roi Lear,
Dans le festival du In, dans la cour d’honneur du Palais des Papes.
A voir à la rentrée au théâtre des Amandiers à Nanterre.

Photo © Ch. Raynaud de Lage
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Published by Marion GUÉNARD - dans Festival In 2007
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7 août 2007 2 07 /08 /août /2007 01:23
UNE SIMPLE ADAPTATION

Cette création de Cantarella est un beau travail de mise en scène. Classiquement, il propose une lecture parodique et drôle d’un Hippolyte du XVIème siècle.

 
Hippolyte est une simple adaptation. Un regard actuel posé sur un texte du XVIe siècle. Juste une adaptation… Bien faite, elle devient une prise de parti, le reflet d’un monde ou la vision d’une époque. Tout l’enjeu d’une simple adaptation… Avec ce vieux texte en français, Cantarella s’inscrit dans l’histoire de la littérature. Laissant le mythe et ses symboles, il revient aux mots de l’histoire comme des actes à mettre en scène. Il fait du théâtre.

hippolyte.jpg
Pour y assister, on doit passer un sas initiatique introductif constitué de quelques objets mystérieux et de consignes énigmatiques, qui s’expliqueront par la suite, et qui forment une attirante installation. On débarque ensuite dans une salle blanche. Contre les murs des chaises sont installées. Plus avant, un canapé est posé. On est prêt à se lever et à déambuler entre les objets familiers mais l'un des jeunes hommes qui semblait chercher une place se révèle être le coryphée. Le spectacle commence. Impossible de couper la parole aux acteurs, de se mouvoir dans leur espace, de faire fi des règles du spectacle et des rôles de chacun. Assis, on se contentera de regarder l’excellent spectacle.

Vrais

Les personnages sont inventés et l’invention les accomplit. Ils sont là, ils sont vrais, rendus vrais par la parodie et l’hyperbole. Phèdre est vraie, hystérique, rousse, exagérée ; Hippolyte est vrai, arrogant, noble et chasseur, misogyne ; la nourrice est vraie, préparant une tarte aux pommes, ayant pour unique morale le service aveugle de sa reine ; Thésée est vrai, homme vieillissant, mais roi puissant, qui ne comprend pas sa femme, ne l’écoute pas, ne la prend pas au sérieux.

La parodie et l’hyperbole sont les intermédiaires scéniques par le biais desquels les mots prennent un sens nouveau et se redonnent à nous, devenus familiers. La parodie et l’hyperbole sont les outils d’une simple adaptation, bien réussie, mais d’une simple adaptation. Car, il semble que, pour ceux qui firent le festival, bien que le metteur en scène ne soit plus le grand révélateur légitime et génial du sens et soit devenu un médiateur, l’inventeur d’un regard possible, il demeure une figure supérieure qui réactive le sens, comprenant son époque, pour le donner à voir, seul, face au monde.

Dans ce travail, symptomatique du festival de cette année, Cantarella montre donc un théâtre classique, beau, savant, qui essaie de vraiment se faire comprendre. Ce qui n’est déjà pas si mal.
Frédérique MUSCINESI
www.ruedutheatre.info

Hippolyte, Gymnase du Lycée Mistral
Conception, direction d’acteurs et vidéo Robert Cantarella

Le messager : Frédéric Fisbach et Grégoire Tachnakian
Phèdre : Johanna Korthals Altes
La nourrice : Laure Mathid
Hippolyte : Nicolas Maury
Egée : Grégoire Tachnakian
Thésée : Emilien Tessier

Texte publié aux éditions Belles Lettres

Coproduction Passer pour des Belges, Théâtre Dijon Bourgogne, Festival d’Avignon
 
Photo © Ch. Raynaud de Lage
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Published by Frédérique MUSCINESI - dans Festival In 2007
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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 11:36
QUAND LES VALEURS FURENT SAPÉES

Utilisant la correspondance échangée par trois militants italiens, Jean-Pierre Vincent met sur scène les interrogations que se sont posées  ou que se posent encore ceux qui avaient mis leur foi dans des valeurs d’équité, de solidarité et de bien-être social.


Une phrase leitmotiv revient dans le film « Petites coupures » de Pascal Bonitzer : « Comment peut-il encore être communiste aujourd’hui ? ». Après les révélations successives des dérives tyranniques et sanglantes des régimes socialistes durant 50 ans, après la chute du mur de Berlin, c’est évidemment une question pertinente.

silencedescommunistes.jpg
À travers les lettres du trio italien apparaissent les interrogations qu’il faudrait que la gauche tout entière puisse lucidement formuler : d’où sont venues les erreurs commises ? Qui croyait vraiment en la révolution ? Y a-t-il encore des potentialités pour redistribuer les richesses et partager les pouvoirs ? La communauté va-t-elle disparaître au profit de l’individualisme ? Quel avenir pour une société moins discriminante ?

Ce sont des réflexions ardues. Elles ont la limpidité de la sincérité. Elles touchent car elles s’avèrent fondamentales dans une société où « les besoins des hommes et des femmes ne comptent pour rien » tandis que la puissance technologique surpasse la puissance politique. Elles mettent en lumière les doutes, les tâtonnements, les certitudes fondamentales. Elles démontrent la difficulté à être cohérent lorsqu’on est confronté à la réalité, de se situer « entre le possible et l’échec ». Elles constatent le glissement du progressisme vers le conservatisme alors que désormais ce n’est plus le travail qui donne à l’homme une identité.

Les spectacles composés de littérature épistolaire induisent souvent le spectateur à se demander s’il s’agit bien de théâtre. Dans ce cas-ci, c’est une évidence. Sans doute grâce au parti pris de simplicité dépouillée de Jean-Pierre Vincent. Mais surtout à cause de la présence éclatante de trois comédiens qui jouent leur texte avec une justesse, une conviction, une humilité étincelantes.

Michel VOITURIER
www.ruedutheatre.info

Texte : Vittorio Foa, Miriam Mafai, Alfredo Reichlin (éd. L’Arche)
Mise en scène et adaptation : Jean-Pierre Vincent
Distribution : Gilles David, Melania Giglio, Charlie Nelson
Dramaturgie : Bernard Chartreux
Lumière : Alain Poisson
Production : Festival d’Avignon

En la salle de Champfleury du 8 au 16 juillet à 18h - Avignon IN 2007

Photo © Christophe Raynaud de Lage
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Published by Michel VOITURIER - dans Festival In 2007
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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 11:27
GRAVÉ POUR TOUJOURS

Inspiré du percutant univers de « Mephisto », de Klaus Mann, Guy Cassiers et Tom Lanoye livrent ici une œuvre magistrale, portée par des comédiens inspirés. L’utilisation intelligente de la vidéo amplifie encore l’ensemble, lui conférant grandeur et sublime.


Pour ce travail, le vidéaste et metteur en scène anversois Guy Cassiers s’est entouré d’une solide équipe. Son dramaturge et écrivain, Tom Lanoye est bien connu des milieux artistiques et performatifs néerlandophones. Il s’est inspiré de l’œuvre romanesque de Klaus Mann, traitant de la délicate question de la tenue des engagements, tant politiques qu’artistiques sous l’Occupation. L’œuvre dépasse la simple époque de l’Allemagne en guerre, puisque ce sujet peut faire écho en chacun de nous, à l’heure de poser des choix. Qu’en est-il de nos idéaux, de nos utopies. Si nous les clamons haut et fort, les tenons-nous toujours ?

mefisto-forever.jpg
L’écriture oscille entre contemporanéité et classicisme, ce qui confère à l’ensemble une intemporalité questionnante. Outre l'écrivain, il faut citer les acteurs dont les performances scéniques sont exceptionnelles. La rigueur du jeu flamand n’est pas sans rappeler celle des acteurs allemands ou russes. Un jeu subtil, d’une technique parfaite, permettant à toute la palette des sentiments et des sensations de se déployer, servant au mieux un texte fort. Rien n’est verbeux ici, même si l’écriture est au centre de l’œuvre.

Cela tient sans doute aussi à l’intelligente complémentarité des moyens vidéo. Moment de grande jouissance de spectatrice lorsque, du politicien fasciste placé à l’avant-scène pour prononcer son dicours, l’on peut voir, comme une série de menace répétées à l’envi, son portrait filmé se démultiplier derrière lui… [voir photo] Si ces derniers temps, il est de bon ton de critiquer l’utilisation systématique de la technologie sur scène, sa présence ici confère toute sa dimension tragique et poétique à l’œuvre.

Œuvre magistrale et  interrogative, porté par des comédiens engagés, le spectacle est tout entier à l’image de son metteur en scène. Guy Cassiers veut un théâtre qui interroge sa cité, son public. Dans sa ville d’Anvers, engluée par la montée effrayante de l’extrême-droite, il est encore davantage essentiel de mettre tout en œuvre pour dénoncer, encore et toujours, le fascisme, l’intégrisme, mais aussi les causes de cette ascension. Dénoncer la non-action, le potentiel destructeur par omission que nous avons tous en nous. Guy Cassiers s’est donné les moyens de l’Art pour cette dénonciation. Alors, sans doute, il répond à son envie la plus profonde, lui, qui souhaiterait plus que tout « un théâtre qui, comme une pierre qui fait des ronds dans l’eau, émeut la vile, le pays et le monde et s’en laisse émouvoir ».

Isabelle PLUMHANS
www.ruedutheatre.info

Mefisto for ever
De Tom Lanoye et Guy Cassiers
Du 17 au 24 juillet 2007 au Théâtre Municipal d’Avignon, à 21h30
Du 12 au 15 septembre 2007 au Bourla (Anvers, Belgique)
Les 7 et 8 septembre 2008 au festival de Théâtre d’Amsterdam (Pays-Bas)

Photo © Christophe Raynaud de Lage
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Published by Isabelle PLUMHANS - dans Festival In 2007
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27 juillet 2007 5 27 /07 /juillet /2007 01:51
RITUEL POÉTIQUE DE L'ENNUI

Selon Raimund Hoghe, 36 avenue Georges Mandel, est, comme son nom est censé l’indiquer, un hommage à Maria Callas. Dans le style typique du danseur-chorégraphe, cette proposition est en fait un hommage qu’il se rend.


Le cadre de la chapelle des Pénitents Blancs est admirable. La scène contre le mur mutilé à dominante de marron clair se coule dans l’espace comme un des éléments du décor. Cette composition scénique simple et cohérente se prolonge par le corps déformé de Raimund Hoghe, qui apparaît dormant sous une couverture, que de loin on sait rêche, couleur de mur aux croix rouges allusives.

36-avenue-Georges-Mandel.jpg
Après le préambule accompli par une autre présence à peine vue qui vient délimiter de liquide transparent à peine visible, les objets de la scène déjà posés sur scène, on entre dans le monde de Hoghe que délimite à son tour le geste ritualisé par la répétition, répété sur la voix admirable de la Callas dont certains airs majeurs reviennent plusieurs fois. Un geste. Un air chanté. Le geste répété quatre fois au long de l’air chanté. C’est par cette structure d’une simplicité extrême que tient ce spectacle d’une heure et demi, créant un véritable temps et espace poétiques de l’ennui. Car on s’ennuie doucement tout en se sentant protégé dans un monde bien hermétique, on s’évade, on fait autre chose, un papier, on le lit, heureux, satisfaits et calmés par la beauté des chants de la Callas, intrigués par les gestes répétés du danseurs qui nous ravissent de temps en temps quelques secondes d’attention, avant de repartir vers une autre rêverie.

Bien que déterminante pour pouvoir supporter cette mise en scène mégalomaniaque, la présence de la Callas semble artificielle. Le rapport entre le mendiant, isolé travesti que la ritualisation des gestes empêche de sombrer dans la folie et la Callas est mystérieux. La Callas est présente comme une voix, une illustration, un accompagnement. Elle n’a pas le premier rôle que Hoghe en fait garde jalousement, malgré la sujétion idolâtre qu’il exhibe, quand, au salut, il pose à ses pieds, c'est-à-dire à nos regards, un disque de la cantatrice surmonté d’un lys blanc. Il ne nous trompera pas. La Callas n’est qu’une excuse à sa propre mise en scène, lui le danseur seul, dansant le corps marginalisé de la société, lui justement ce corps blessé, bossu, petit et laid, qui danse devant le mur mutilé. Si Hoghe efface toutes les présences même en les faisant apparaître, la voix de la Callas, trace manipulée du fantôme abusé, permet pourtant d’habiller de beauté la mégalomanie, et nous évite de mourir d’ennui.

Frédérique MUSCINESI
www.ruedutheatre.info

36, avenue Georges Mandel,
Chapelle des Pénitents Blancs, à 19h30 jusqu’au 25 juillet
Conception, chorégraphie et danse : Raimund Hoghe
Danseur invité : Emmanuel Eggermont
Musique : Maria Callas
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Published by Frédérique MUSCINESI - dans Festival In 2007
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26 juillet 2007 4 26 /07 /juillet /2007 14:59
COMMENT ENTENDRE L'ESPOIR AU BORD DU GOUFFRE

La salle Benoit XII a résonné pendant six jours des mots schizophréniques d’Antonina Velikanova… Un parcours troublant dans un univers hermétique, un jeu d’acteur époustouflant. Et, au final, un résultat superbe, laissant toutefois certains spectateurs dans la perplexité.


"…Pas un mot de vrai dans cette histoire
Qu’on peut effacer tout ce qu’on a à l’intérieur avec un chiffon mouillé,
A l’intérieur de moi, à l’intérieur de ma tête il y a tant de choses,
Tant de différents chiffres et tant d’images,
Et de l’huile de poisson et de la cervelle, et de la musique,
Il est défendu de les effacer, comme ça, d’un coup,

Peut-être que beaucoup des choses que nous voyons ne sont pas,
Mais il est quand même resté quelque chose, quelque chose existe quand même,
Je le sais aussi bien que moi."


Voici quelques uns des mots sublimes autant que troublants qu’écrivit Antonina Velikanova à Ivan Viripaev, jeune auteur russe. Tout du moins, c’est ce qu’il prétend. Conte ou réalité, peu nous importe, l’essentiel étant le résultat. A partir de ce « matériau-cadeau », il a en effet élaboré une pièce, à laquelle les spectateurs d’Avignon ont eu la chance d’assister.

gen--se2.jpg
Antonina est une jeune dame d’une quarantaine d’années, internée en Russie pour schizophrénie profonde. De son internement, elle écrit à Ivan une pièce, qu’elle nomme « Genèse n°2, tragédie du sens ». Un texte « réaménagé » par l’auteur, qui y ajoutera la correspondance échangée entre eux, ainsi que des passages qu’il nomme « comiques », pour, comme il le dit lui-même, en prologue de la pièce, « divertir le spectateur (…) afin que la matière tragique ne le fatigue pas trop. » De comique troupier il n’est évidemment pas question ici, mais plutôt d’un comique qui surgit de l’excellente interprétation des comédiens, subtile et justement décalée.

Et voici devant nous le texte complet, magistral et poétique à frissonner, mis en scène par le génial Galin Stoev. Son génie est celui tout simple de faire entendre cette partition complexe, presqu’inaudible à l’écriture, par le travail sensible et précis avec les acteurs. Les corps des comédiens donnent voix aux mots du texte, et l’on cesse de tenter de comprendre pour seulement vivre ce qui se déroule sous nos yeux…

L’ensemble est très contemporain dans sa tonalité et dans l’occupation de l’espace, notamment par une fine et intelligente utilisation de la vidéo. Cependant, on se prend à percevoir quelques accents tchékhoviens, dans la mélancolie ambiante…. Peut-être la doit-on à la présence musicale, magistrale et envoûtante ?

Quoiqu’il en soit, on sort de ce Genèse n°2 bouleversé et sans voix devant tant de sentiments si humainement et intelligemment mis en espace.

"Je sais que là-bas, à part des villes effacées de la surface de la terre,
Il y a quelque chose en plus.
C’est pour cette seule raison que je vis au milieu de toute cette bêtise,
Car je sais
Comme beaucoup, mais pas tous, mais beaucoup, savent,
Qu’il y a dans le monde en plus de tout le reste, encore quelque chose…"


Isabelle PLUMHANS
www.ruedutheatre.info

Lire aussi la critique de Frédérique Muscinesi.

Genèse n°2, d’Ivan Viripaev
Mise en scène de Galin Stoev
Jusqu’au 24 juillet, à 15h
Salle Benoît XII

Photo © Christophe Raynaud de Lage
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Published by Isabelle PLUMHANS - dans Festival In 2007
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24 juillet 2007 2 24 /07 /juillet /2007 12:31
Approche de l’idée de méfiance est la deuxième œuvre de Rodrigo García proposée au IN. C’est peut-être ce qui explique qu’elle ne soit qu’une simple ébauche. 

Dans ce travail se trouvent tous les ingrédients des propositions de Rodrigo García, ces événements essentiels qui nous convainquent progressivement de changer de vie. Mais, Approche de l’idée de méfiance n’est vraiment pas ce qui nous mènera à la rupture.

approchedelamefiance.jpg
Car cette œuvre laisse une sensation d’inachevé et dénote d’un manque évident d’approfondissement. Comme si en l’espace de quelques jours, il lui avait fallu inventer quelque chose de nouveau. Alors, il aurait décidé que ses acteurs n’allaient quasiment pas ouvrir la bouche et qu’un texte allait défiler sur un immense écran, où parfois serait projetée l’image d’une partie du public filmée par une caméra ; elle-même fixée sur la carapace d’une tortue immergée dans un aquarium à droite de la scène. Or ce dispositif d’accumulation de choses improbables entre en contradiction avec sa volonté de dénoncer en les démantelant les désirs vains, fruits de la société de consommation.

Les acteurs à moitiés nus (on est bien dans le IN) sont cernés et aspergés de lait, mouillés par un jet d’eau puissant, souillés de colle, victimes d’une force extérieure et molle, sans transcendance, force d’inertie du monde de tous les jours qui laisse sans voix les corps soumis.

La voix de cette scène est donc ce texte à la 1ère personne qui a perdu l’envie de poser des bombes et qui vocifère le mot « renoncement » à chaque coin de paragraphe. Mais entre le texte, - la voix -, et les acteurs - ces corps sans voix -, peu de rapport. Car ils sont deux déroulements, plats et apathiques, d’états suspendus dans leur nullité qui ne se répondent pas, deux exhibitions, ni conciliables, ni profondes. Les phrases sont une succession de mots intéressants, mais anecdotiques, circonstanciels, qui n’ont pas encore la force de l’exemple. La réflexion nouvelle sur la souffrance, ses marques et le mystère comme éléments nécessaires pour que la vie soit réelle, que l’homme soit homme, ne trouve pas une illustration scénique satisfaisante et la pensée encore trop immature oblige l’auteur à conclure avec l’aide de ses habituels démons, ici bancals, Donuts et Walt Disney.

Ce travail, mal agencé et superficiel, se vit comme un faux pas, une contradiction passagère et remédiable quoique décevante, sur le chemin initiatique que construit García pour nous conduire au refus de ce monde. Comme s’il avait lui-même renoncé, acceptant de faire ce qu’il savait n’être pas encore prêt, cédant au temps du spectacle.      

Frédérique MUSCINESI
www.ruedutheatre.info

Approche de l’idée de méfiance, à 22 heures jusqu’au 25 juillet, à l’église des Célestins
Texte, scénographie et conception : Rodrigo García
Interprètes : Juanjo de la Jara, Agnés Mateus, Jean-Benoît Ugeux.

Photo © Christophe Raynaud de Lage/festival d'Avignon
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Published by Frédérique MUSCINESI - dans Festival In 2007
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21 juillet 2007 6 21 /07 /juillet /2007 09:05
DEUXIÈME GENÈSE SANS DIEUX

Une ambiance de conte russe fantastique, une mise en scène et un texte parsemés d’humour absurde et la parabole de la femme de Loth pour parler d’une genèse sans Dieu, laquelle pourrait bien être une apocalypse sans flamme, sans démon, sans risque, un glissement vers la fin, juste par oubli, par effacement du sens.


Ils sont là et attendent, les trois acteurs et les trois musiciens de Genèse n°2. Un des acteurs se présente. Il est Viripaev, l’auteur. Il nous confie cependant qu’il n’est que simple rapporteur de ce texte qu’Antonina Velikanova, devenue schizophrène, l’a chargé de transmettre en le mettant en scène. L’artifice littéraire typique des romans du 18e siècle ouvre les possibles, multiplie les subjectivités, dilue les responsabilités et nous projette directement dans la littérature.

gen--se2.jpg
Et nous sommes au théâtre…

Antonina est l’auteur, est aussi la femme de Loth, c’est la jeune femme sur la scène. Arcadie Illitch est son psychiatre, c'est aussi Dieu, c’est l’homme sur la scène qui n’est pas Viripaev. Nous sommes en pleine littérature russe fantastique où il faut s’habituer à rencontrer un nez déambulant sur la Perspective Nevski, et à voir un matin, un frère, un père ou un ami se réveiller transformé en cafard.  Et nous sommes toujours en plein théâtre...

Bien installés dans cet univers de fiction protecteur, nous sommes donc prêts à croire et à regarder la femme de Loth espérant, Antonina, la jeune fille, aux prises avec le dieu tyran, Illitch, l’homme qui n’est pas Viripaev, qui veut tout effacer de son mouchoir mouillé, laissant juste la mort, même pas la maladie, ce quelque chose en plus de la mort, qui laisse encore l’espoir. Les deux personnages sont pourtant unis, plusieurs fois et en dernière instance, dans les chants délirants de Viripaev, chantre de l’imagination, de la vision et de la littérature, chantre de l’autre monde qui, au lieu d’être créé par cette genèse 2°, la créé comme œuvre littéraire et pur théâtre, fait de littérature et de liberté.

Genèse n°2 fait ainsi taire involontairement ceux qui opposent écriture et théâtre, et rappelle que l’espace théâtral est un lieu à défendre car il est ce lieu unique, artificiel, fou, anarchique et utopique où on croit en la genèse, non en la première divine, mais en cette deuxième toujours recommencée par l’homme démiurge et espérant, lieu par excellence de la mise en chair des mots d’espoir.

Frédérique MUSCINESI
www.ruedutheatre.info

Genèse n° 2 : Salle Saint Benoit XII, à 15 heures jusqu'au 24 juillet 2007.

Texte: Ivan Viripaev
Mise en scène : Galin Stoev
Acteurs: Céline Bolomey, Vincent Lécuyer, Antoine Oppenheim
Musiciens: Mélanie Evrard, Marine Horbaczewski, Michel Lambert
Scénographie, lumière et vidéo: Saska Louwaard, Katrijn Baeten
Musique originale: Sasha Carlson
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Published by Frédérique MUSCINESI - dans Festival In 2007
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21 juillet 2007 6 21 /07 /juillet /2007 07:50
PARODIE INUTILE

Cette proposition du groupe Superamas est une lourde et inutile imitation des clichés mièvres et idiots ainsi que des débordements sexuels d’une société nord-américaine nauséabonde et saturée.


On n’en avait vraiment pas besoin ! Si L'on était présent dans cette salle, c’était croyant y échapper ou parce que justement tous les jours on essaie d’y échapper à cet imaginaire édulcoré rose bonbon, parfumé bons sentiments niais qui dégénèrent en un érotisme mou et laid, résultat de simples mécanismes d’approche absolument banalisés et donnant naissance à des orgasmes automatiques. On fait tout pour connaître la vie, la retrouver, la vivre et on va au théâtre pour renouveler les émotions et les images, et être plus près de la vie.L’imitation en est précisément aux antipodes.

big-third.jpg
Une chanteuse qui pleurniche une chanson d’amour, un groupe hard rock misogyne dont toute la provocation tient dans les cris, une discothèque où a lieu un concours de danse, trois femmes jeunes, belles et superficielles qui font de leurs profs de sport leurs amants d’une fois et la projection d’une séance de bio-danza, danse ridicule et sexuelle, sont les épisodes narratifs de ce travail.
L’idiotie, l’ensemble des relations sociales résumé à la seule relation sexuelle, le manichéisme, l’optimisme et le bonheur feints comme valeurs, la compétition, les avatars de justice et les bons sentiments en tout genre, le spectacle et la mode, la superficialité, sont moqués, mais c’est tout.

Certes l’imitation proposée par Superamas est relativement complexe et joue sur les notions de réalité et de spectacle – les voix des acteurs qui chantent au début s’éteignent progressivement au profit des voix des pops stars enregistrées. On ne sait pas si c’est l’imitation de scènes de vie représentées comme scènes de films et rejouées plusieurs fois, ou celle de véritables scènes de films desquelles des hordes d’américains se seraient inspirés pour vivre, ou si l'on est simplement sur le plateau d’une série télévisée, puisque les acteurs jouent sur leurs voix enregistrées. Qui est plus réel, le spectacle ou la réalité ? Qui était là avant ? Il n’y a, dans cette imitation, rien de plus que cette question posée.

Ce spectacle, dont l’exécution est au demeurant excellente, ne casse rien, ne menace rien et oblige à entrer dans un imaginaire que seul le refus de connaître menaçait.

Frédérique MUSCINESI
www.rueudtheatre.info

Big 3rd Episode : Gymanse Aubanel, à 18 heures jusqu'au 21 juillet 2007.

Mise en scène: Superamas
Avec : Alix Eynaudi, SUsi Wisiak, Agata Maszkiewicz et Superamas
Voix de doublage: Susanne Bentley, Allen Brownes, Tim Crouch, Alexis Destoop, Ted Fletcher, Marianne Groves, Jennifer Lacey, Andors Zinsbrowne

Photo © Ch. Raynaud de Lage/festival d'Avignon
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Published by Frédérique MUSCINESI - dans Festival In 2007
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20 juillet 2007 5 20 /07 /juillet /2007 15:01
C’EST RICHARD QU’ON ASSASSINE !

Une mise en scène placée en vedette sur le plateau et une histoire plus hachée que condensée. Le Richard III de Peter Verhelst poignarde celui de Shakespeare. Et ne convainc pas.


Sous la plume de Shakespeare, « Richard III » est le dernier volet d’un triptyque théâtral se basant sur des faits historiques (la guerre des Deux-Roses) et qui s’achève avec un changement de dynastie, les Plantagenêt cédant le trône aux Tudor. Richard III, être laid et difforme, prenant sa revanche sur la vie par une conquête, aussi inutile que sanglante, du pouvoir.

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L’immensément libre adaptation qu’en fait Peter Verhelst nous conduit en un temps incertain, dont la modernité est soulignée, peut-être à outrance, par le décor (des arches de toile rouges tendues entre les murs du cloître), les costumes (trois-pièces version disco flashy pour Richard III), les grincements de guitares électriques. Sans doute, la création est belle. Esthétiquement parlant. Sans doute aussi, est-ce bien joué. Mais ni l’esthétique, tant visuelle que sonore, ni le jeu des comédiens ne suffisent à faire oublier une mise en scène quasi aveuglante tant elle est évidente. Guindée, hermétique. Complaisante aussi.

Actes gratuits

Exit les difformités de Richard, joué tel un bellâtre de cinéma dans son complet de satin. Un visage avenant, sans doute pour mieux dénoncer les hypocrisies des actuelles conquêtes du pouvoir, aussi bien politiques qu’économiques. Si tant est que ces sphères soient encore séparées. Soit. Mais pourquoi nous en faire une peinture qui hésite entre farce et ridicule ? Pourquoi dénuder la Reine Anne ? Une nudité stérile, acte gratuit de l’esthétique pour l’esthétique.

On regrette enfin le texte. Non que Verhelst écrive mal. Mais en voulant condenser l’histoire originale, on nous livre des successions de scènes, rapides, qui rendent l’ensemble finalement plus haché que véritablement concentré. L’idée d’une voix off pour rapporter toutes les scènes qui se passent en dehors du palais est ingénieuse, mais la relative lenteur et surtout la linéarité de la narration est lassante.

Dans le public, quelques uns somnolent. Quelques courageux (?) quittent le cloître en cours de représentation. Et au moment du salut, entre les applaudissements mous de certains, d’autres s’extasient. Le snobisme intellectuel a encore de beaux jours devant lui.

Karine PROST
www.ruedutheatre.info

Richard III, de Peter Verhelst
Mise en scène : Ludovic Lagarde.
Avec Suzanne Aubert, Pierre Baux, Anne Bellec, Francesca Bracchino, Geoffrey Carey, Antoine Herniotte, Camille Panonacle, Laurent Poitrenaux, Samuel Réhault et Christele Tual.

Cloître des Carmes. Jusqu'au 26 juillet, à 22 heures. Durée : 1 h 30.
Tournée en France d'octobre 2007 à février 2008.

Credit photo © Ch. Raynaud de Lage

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Published by Karine PROST - dans Festival In 2007
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