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Mois Après Mois

Festival d'Avignon

13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 10:49
COMMENT DIRE BEAUCOUP AVEC TROIS FOIS RIEN

« Ohne » ne signifie pas seulement « sans » en allemand. C’est aussi le nom d’un drôle de personnage et, à travers ses déboires, c’est un constat lucide sur les barrières institutionnelles érigées contre l’« anormalité » qui est dressé avec un humour acide dans cette pièce à l’ambiance trash.

Premier tableau. Dans les locaux d’une agence pour l’emploi, Ohne attend d’être reçu par un conseiller. La petite aiguille tourne et les numéros d’appel défilent. Quand arrive l’heure de la fermeture,  personne ne s’est occupé lui. Un préposé se dévoue alors pour « traiter le dossier de Monsieur ». Une mince affaire qui se transforme vite en épreuve de patience. Impossible pour l’employé de remplir « l’indispensable formulaire bleu » tant le discours du requérant est inintelligible. Figurez-vous que celui-ci n’emploie pas de sujets. Malgré le concours de sa défunte mère, Ohne ne parviendra pas à se faire comprendre.



Deuxième tableau. Rembobinage. La même agence. La même situation ou presque. Un autre employé face à ce même Ohne. Seulement là, pas de verbes dans ses phrases.



Troisième tableau. Rebelote. Un troisième conseiller est confronté à ce même interlocuteur qui s’exprime cette fois sans compléments.




Rage against the machine


En trois tableaux, Dominique Wittorski s’attaque au mythe de l’homme « normal »  dans le moule duquel la société aimerait nous voir rentrer. La scénographie est parfaitement pensée pour introduire le spectateur dans les rouages d’un mécanisme où les pièces défectueuses n’ont pas leur place. Une ambiance froide est suggérée par de la musique trash metal et un décor dont les lignes droites et les matériaux austères rappellent l’atmosphère des locaux administratifs éclairés aux néons. Seule, la chaise qu’occupe Ohne dans la salle d’attente et qui finira complètement démantibulée détonnera (comme lui) de tout ce qui l’entoure.

Le jeu des comédiens est impressionnant. Yves Arnault campe un Ohne, touchant mais pas pitoyable. Caroline Guth prête son charme à cette mère défunte et la rend bien vivante, capable d’émouvoir ou de faire sourire. Quant aux trois employés, chacun, avec ses tics et ses mimiques personnels illumine le sombre tableau dans lequel il joue. L’hilarité que provoquent certaines scènes rend imperceptible le caractère quelque peu répétitif des trois actes. La Question du Beurre enfonce donc, par trois fois, le clou avec brio et talent.

Idrissa SIBAILLY


Ohne
La Question du Beurre

La Caserne des Pompiers du 4 au 26 juillet
116 rue de la Carreterie
Réservations 04 90 86 02 17

Texte et mise en scène : Dominique Wittorski
Avec Alexendre Afflalo, Caroline Guth, Raphaël Almonsi, Dominique Wittorski, Yves Arnault


Réaction du public :

« J’ai trouvé ça vraiment intéressant de la voir montée comme ça, parce que je connais la pièce mais la c’était vraiment nouveau… »
Jean-Paul, 45 ans
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Published by Idrissa SIBAILLY - dans Festival Off 2008
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13 août 2008 3 13 /08 /août /2008 10:32
COUP DE COEUR RUEDUTHEATRE

TCHEKHOV EN PANORAMIQUE


Le théâtre de l'Unité monte une pièce du répertoire russe, Oncle Vania et en propose une lecture en panoramique. Profondément vivifiant, terriblement vivant, à l’image de ce festival dans le Festival qu’est « Villeneuve en scène ».

Oncle Vania, c'est l'histoire de ce dernier et de sa nièce Sonia, dont la vie paisible à la campagne est troublée par le vieux professeur Sérébriakov – père de Sonia – et sa nouvelle épouse Eléna. L'arrivée du couple bouscule le quotidien, la jeune Eléna cristallisant bientôt toutes les attentions. Avec l'Unité, l'immersion débute avant même le début du spectacle : les comédiens jalonnent le parcours menant aux gradins, et, interpellant le public, chacun confie 'sa' vision d'Oncle Vania. Après un ultime rite d'accueil à la Russe, on s'assoit la tête déjà pleine d'interprétations – d'images -, pressé de pouvoir se créer la sienne. Surprenant prologue? Venant du théâtre de l'Unité, pas tant que ça... Fidèle à son proverbe ''le théâtre de l'unité c'est toujours autre chose!'', la compagnie de théâtre de rue menée par Jacques Livchine et Hervée de Lafond propose SA lecture d'Oncle Vania. La pièce étant initialement sous-titrée ''scènes de la vie à la campagne'', elle sera donc jouée en pleine nature. Soit dans un pré, avec pour tout décor quelques chaises, tables, bottes de foin et surtout, la géographie du lieu. Un espace de jeu complètement inhabituel, qui, utilisé à son plein escient participe de la réussite de l'ensemble. Dans le pré reconverti en théâtre de verdure, le regard ne suffit pas pour embrasser la scène et on assiste à une histoire en panoramique, ou tout est remis en jeu au gré du temps.


 
Théâtre champêtre aux racines populaires

Si l'Unité respecte le propos de Tchékhov, il ne le sacralise pas pour autant, et le spectacle mêle à la pièce et aux didascalies – dont la lecture en décalage avec l'action participe d'un effet comique – des confidences d'Olga, la femme du dramaturge. Olga intervient régulièrement, donnant éléments biographiques, littéraires ou historiques. Elle assure ainsi un rôle de passeur et la pièce qui pourrait sembler lointaine de par son contexte ne demeure pas inaccessible. L'idée permet, au contraire, d'embarquer le plus grand nombre dans cette fresque au charme indéniable.



Car si Oncle Vania à la campagne n'est pas de ces pièces ''parfaites'', accomplies dans tous ses aspects de jeu ou dramaturgiques, ses qualités se trouvent ailleurs. Dans la simplicité dominante de la forme. Dans l'atypisme assumé de l'espace de jeu. Dans le rapport direct à l'œuvre, sans penchant pour une sacralisation. Dans l'humour décalé et léger. Et – surtout ? - dans la présence d'une troupe. C'est bien là, dans la communauté formée par les dix-huit comédiens que réside l'une des lignes de force de la création. La troupe à la vitalité visible nous renvoie un véritable plaisir à jouer – et donc à transmettre - ensemble. Sur l'immense scène, en dépit de quelques bourrasques, la transmission du texte se fait limpide. La pièce devient alors, mine de rien, un lieu d'échanges où les générations et les convictions se croisent. Et peut-être est-ce cela, cet ''autre chose'' de l'Unité : ouvrir une brèche dans la représentation, pour propager au-delà du texte un attachement au théâtre et à ses possibilités. Une épopée qu'on prend un vif plaisir à partager avec la compagnie, pendant, et après la représentation. Autour d'agapes russes, évidemment...

Caroline CHÂTELET


Oncle Vania à la campagne
Auteur : Anton Tchekhov
Mise en scène : Hervée de Lafond et Jacques Livchine
Traduction : Jacques Livchine
Régie : David Mossé
Interprètes : Max Bouvard, Philippe Coulon, Emilie Debard, Hervée de Lafond, Marcel Djondo, Catherine Fornal, Alix Guet ou Vincent Rappoport, Zita Guet ou Gaïa Chabanier, Gill Herde, Panxo Jimenez, Jacques Livchine, Valérie Moureaux, Gaetan Noussouglo, Natalia Wolkowinski, Aurélien Pergolesi, Claudine Schwarzentruber ou Nathalie Mielle, Marie-Leïla Sekri.

Aide à la création du Ministère de la Culture - DMDTS, DRAC et de l'ADAMI. Coproduit par l'Abattoir, Centre National de Production pour les Arts de la Rue - Ville de Chalon-sur-Saone. Aide à la diffusion Région Franche-Comté. Compagnie hébergée par la ville d’Audincourt.

Du 6 au 21 juillet, 20h, Villeneuve-en-Scène
Plein air
Tout public

Réactions du public:

« C'était super, je n'avais jamais vu Tchekhov monté de cette façon, ça change du poussiéreux! »
Stéphane, 32 ans, projectionniste

« On rit et en même temps c'est très intelligent, super chouette »
Emilie, 23 ans, étudiante


Photo © DR
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Published by Caroline CHATELET - dans Festival Off 2008
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 12:06
UN BIEN BIO SPECTACLE

Avec cette adaptation théâtrale du roman éponyme d’Henri Cueco que le film de Jean Becker avec Daniel Auteuil et Jean-Pierre Daroussin à contribuer à faire connaître, la Compagnie les Délices propose au public de goûter à ces  joies simples qu’offrent toujours les moments d’humanité.

Voici deux hommes qu’apparemment tout distingue. L’un est un artiste-peintre renommé, cultivé, citadin. L’autre est jardinier, et sa culture à lui, ce sont les courgettes et les choux. Il n’a jamais entendu parler de Matisse ni de métaphysique et vit dans un HLM à la campagne. Mais c’est justement dans leurs différences que s’enracine leur profonde amitié. Et c’est toujours avec un plaisir réciproque qu’à travers leurs conversations autour de l’art, de l’amour ou du jardinage chacun expose sa philosophie et reçoit humblement celle de l’autre…
 

Dialogue avec mon jardiner
c’est avant tout l’histoire d’une amitié entre deux hommes. Mais c’est aussi une savoureuse réflexion sur l’Homme, son rapport à l’autre et au monde qui est amorcée ici avec beaucoup de  modestie et de talent.

Des mots nature
  
Didier Marin et Philippe Ouzounian ont souhaité faire une adaptation théâtrale  « au plus près du texte » d’Henri Cueco afin d’en conserver toute la quintessence. Le premier campe admirablement le rôle du jardinier un peu beauf  en prenant soin de ne pas donner dans la caricature grossière et méprisante du « cul-terreux». Le second interprète avec une certaine profondeur celui de l’artiste-peintre placide et ouvert. Ensemble, ils forment ce duo attachant qui traduit au plus juste cette relation d’amitié.

Pour la mise en scène, la simplicité semblait s’imposer comme une évidence et Sylvie Leveillard ne s’y est pas trompée. Dans un décor minimaliste, composé d’une toile de fond évoquant la campagne et l’automne, d’un tabouret et de lumières discrètes, seule la façon dont  les comédiens s’adressent leurs répliques évolue. L’alternance de dialogues directs et de monologues face au public insuffle du rythme à ces conversations faites de mots ordinaires.  La sobriété est de mise pour permettre au spectateur de s’imprégner simplement de ces échanges qui recèlent un suc dont la saveur, plus douce que le miel, est celle de l’amitié, du respect, de la tolérance. C’est un moment dense d’humanité qui nous est offert, un concentré de vie servi avec un zest d’humour. En un mot : un délice.

  
                                                                                                 Idrissa SIBAILLY

Dialogue avec mon jardiner
La Compagnie les Délices

Théâtre Notre-Dame (Lucernaire Avignon) jusqu’au 2 août
17 rue du Collège d’Annecy
Réservation : 04 90 85 06 48
 

Texte : Henri Cueco
Mise en scène : Sylvie Leveillard
Avec Didier Marin et Philippe Ouzounian
Photo © DR


Réactions du public :


« C’était très émouvant, on a l’impression que chacun vit sur sa planète et que ce qui les lie c’est le regard qu’ils portent sur la nature… »
Véronique, 45 ans
  











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Published by Idrissa SIBAILLY - dans Festival Off 2008
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5 août 2008 2 05 /08 /août /2008 11:57
UN PUR MASSACRE

On ne devrait même pas associer le nom de Fabrice Melquiot à ce spectacle, de peur que ceux qui le découvriraient avec Kids, Paroles d’enfants dans la guerre ne se détournent à jamais de l’auteur dont la pièce Kids est ici croisée avec des témoignages recueillis dans le livre de Zlata Filipovic Paroles d’enfants dans la guerre. Intéressant, a priori, sauf que le spectacle que nous propose la Parlotte n’est jamais à la hauteur des attentes qu’il aurait pu susciter.

En pénétrant dans la salle, sur le mur du fond, on peut lire SARAJEVO tagué en couleurs sur du papier peint blanc. Sans doute une habile façon d’informer le public du lieu où se déroule l’action ? Sur la scène, jonchée ça et là de coussins, traîne un synthétiseur peint en blanc qui servira à jouer quelques intermèdes musicaux tandis que, tapis dans un coin, un guitariste et son ampli nous réservent quelques vieux accords…

Ces quelques éléments de scénographie découverts laissent augurer du pire. Promesses tenues. Dès les premières répliques, dans le public des têtes se retournent, les moues qui se lisent sur les visages laissent deviner le cheminement du questionnement intérieur : Où sommes-nous ? Est-ce la représentation de fin d’année du groupe d’option théâtre d’une classe de terminale ?  Les jeunes comédiens sont censés interpréter une bande d’orphelins de guerre rassemblés par un même drame : la perte de leurs parents. Ensemble ils tenteront de survivre et leur unité permettra à chacun d’envisager un avenir meilleur après la guerre.

Un sujet a priori touchant sauf qu’à aucun moment, ni leur jeu, ni la scénographie ne permet à cette mise en scène peu subtile de passer pour autre chose qu’un « atelier théâtre». Un seul exemple : pour figurer un retour dans le passé ou un changement de lieu,  une jeune fille de blanc vêtue et grossièrement maquillée (comme dans un vieux clip de Mylène Farmer) se contente d’apparaître et d’annoncer dans son microphone-casque « et le temps glisse en arrière…. ». A quoi bon faire preuve d’imagination quand on peut se payer un microphone-casque ? C’est ce qu’a dû se dire Philippe Lejour…

Copie à revoir
 
« Et le temps glisse en arrière… »  Ah quel petit veinard ce temps ! Comme on aimerait bien l’imiter, se glisser hors de cette salle, revenir en arrière et n’y être jamais rentré pour ne pas avoir perdu le nôtre. « Et le temps glisse en avant… » C’est ça ! Oui,  qu’il glisse vite, très vite, qu’on en finisse et qu’on en parle plus si ce n’est pour avertir l’assistance de ce qui l’attend. Voilà ce que l’on se dit  tout le temps que dure le supplice. S’il est vrai que les ennemis de nos ennemis sont nos amis, exhortez donc tous ceux qui vous ennuient à aller voir cette mise en scène que votre ami Philippe ferait mieux de revoir avant la prochaine représentation.   

 Idrissa SIBAILLY


Kids, Paroles d’enfants dans la guerre
La parlotte

Espace Saint Martial du 21 juillet au 1er août
8 rue Pétramale
Réservations: 04 90 25 96 05

Texte :
Fabrice Melquiot pour  Kids
Zlata Filipovic  pour Paroles d’enfants dans la guerre.

Mise en scène : Philippe Lejour

Avec Maxime Collin, Léaud Le Bacq, Lucie BIN, Lucile Cracco, Mélanie Itoumaine, Charlotte Poillion, Manon Czermak, Agathe Magy, Juliette Lejour, Joël Le Bacq

Guitare : Joël Le Bacq

Réactions du public :

« Pour des jeunes amateurs, c’est beau d’être à Avignon. »
Aurore, 40 ans

« Le remboursement doit être fait avec des excuses, c’est un massacre total. »
Raïssa,  professionnel du théâtre

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Published by Idrissa SIBAILLY - dans Festival Off 2008
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 01:39
UNE MEMOIRE… A TIROIRS

Un portrait en pointillés de Cioran, entre souvenirs et mémoire qui s’efface pour une évocation touchante et esthétique.

Cioran perd la tête et ses pensées s’évaporent dans le temps… Le philosophe a prôné l’absurdité de l’existence toute sa vie. Il aurait pu aller jusqu’à l’ironie de la mort. Atteint de la maladie d’Alzheimer, il erre les dernières années de sa vie à l’hôpital Broca où sa mémoire part en miettes. Matéi Visniec saisit cet instant de dilution de la conscience pour faire un portrait en pointillés du penseur. Un scanner théâtral qui pénètre le cerveau de Cioran pour recréer les connexions de sa pensée et les grandes lignes de sa vie. Cioran se balade comme un promeneur solitaire dans les méandres de sa mémoire. Son passé s’égrène peu à peu comme un chapelet et la maladie resserre ses filets en douce pour ne laisser qu’un grand blanc dans l’univers du philosophe qui voyait dans le suicide la seule porte de sortie acceptable.



La mort dans le placard

La maladie d’Alzheimer rend opaque la mémoire de Cioran qui erre sur scène parmi les voiles de mousseline qui absorbent un peu plus ses souvenirs. Le blanc domine l’espace dans ces épisodes de réminiscence. Blanc de l’hôpital, des malades et des infirmiers, blanc des souvenirs qui reviennent sur la pointe des pieds. Cioran fait des aller-retour entre une conscience à peu près présente pour replonger dans la confusion du temps et des moments. Radu Dinulescu utilise habilement les images de synthèse pour nous immerger dans la mémoire du philosophe. Une introspection virtuelle qui cadre chaque épisode de souvenirs. La symbolique des objets et des personnages jalonne la pièce pour donner des clés de compréhension sans permettre toujours d’ouvrir les portes des souvenirs. La mémoire s’incarne par la dame en blanc qui donne des miettes au pigeon et tente désespérément de raviver les souvenirs du penseur. La mémoire se décompose comme dans un rêve où l’inconscient disperse ses indices. Chaque tableau qui évoque un moment de la vie de Cioran se compose de notes de fantaisie dans lesquelles le comédien Denis Wetterwald, incarne ce vieux sage un peu déboussolé et terriblement touchant. 

Ange LISE

Photo © DR

Sortez de l’armoire Monsieur Cioran ! De Matéi Visniec
A l’Espace Roseau
Mise en scène de Radu Dinulescu
Avec Denis Wetterwald, Dana Dumitrescu, Dan Zorila, Alain Leclerc, Iulian Enache, Laura Bilic, Marian Adochitei, Cristina Oprean, Mihai Sorin Vasilescu, Florina Diaconu, Lana Moscaliuc, Ramon Florentin, Patrick Harivel, Pavel Bârsan


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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 01:37
MOLIERE A CENT A L’HEURE

Drôle, divertissante et ingénieuse adaptation d’un texte de Molière. Les comédiens sont, sans exception, excellents, mais la folie qui règne dans cette pièce étourdit parfois un peu trop.

Monsieur de Pourceaugnac est riche, cultivé mais naïf, bien mis mais, horreur, il vient de Limoges. Quand ce noble provincial vient à Paris épouser cette Julie qu’on lui a promis, Eraste, l’amant, aidé de Sbrigani et Nérine, deux domestiques fourbes, décide de plumer le pigeon et de le renvoyer à son beau pays sans argent ni épouse… ni honneur.

Cette pièce de Molière est une comédie, certes, mais d’une telle férocité qu’on ne sait jamais s’il faut en rire ou en pleurer. Les deux sans doute car le texte nous indique que les uns sont bêtes et les autres méchants et qu’aucun ne mérite l’absolution ni la condamnation, du moins sans circonstances atténuantes.

Cette variation tragi-comique sur le thème du provincial qui « monte » à Paris est ici créée sur un mode résolument moderne par la metteur en scène, Isabelle Starkier. Le personnage de Monsieur de Pourceaugnac est interprété par un comédien noir, Christian Julien, très appliqué. Ainsi la crainte du provincial se teinte-t-elle de racisme aggravé. Il y a aussi ces costumes, qui reprennent les modes contemporaines, ces gestuelles un peu fourre-tout, qui mêlent la farce au burlesque et le burlesque au trivial, cette hyperactivité continue et ces bruitages discordants.

Isabelle Stark réussit en partie son pari de faire du neuf avec du vieux, lors de morceaux de bravoure comme le monologue du médecin déjanté ou dans sa création d’une galerie de personnages toujours plus fous. Elle est aidée en cela par le dynamisme des comédiens, Stéphane Miquel en tête, qui passent d’un personnage grotesque à un autre aussi naturellement que les caméléons changent d’apparence.
Mais cette folie qui assaille le spectateur est aussi la limite de la pièce. Molière n’est-il pas assez mordant pour qu’il ne soit pas nécessaire de mordre toujours plus fort ?

Morgan LE MOULLAC

Monsieur de Pourceaugnac  De Molière
Jusqu’au 2 août à l’espace Alya à 16h15
Mise en scène d’Isabelle Stark
Musique d’Amnon Benham
Costumes et masques d’Anne Bothuon
Décors de Jean-Pierre Benzekri
Lumière de Tanguy Gauchet
Avec : Christian Julien, Jean-Marie Lecoq, Eva Castro, Stéphane Miquel et Sarah Flandre
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 01:35
COUP DE COEUR RUEDUTHEATRE

UNE VENGEANCE THEATRALE

Jeunes et surdoués, les membres de la troupe Nacéo imposent leur vision des Feluettes, un texte complexe, riche, drôle et poignant de Michel Marc Bouchard. Une pépite brute venue du Québec.

Une prison québécoise, en 1952. Le vieux Simon et ses collègues de cellule accueillent l’évêque Jean Bilodeau dans une salle exigüe. Il s’agit de lui faire avouer un crime commis il y a quarante ans de cela, dans la petite ville de Roberval pour lequel Simon a injustement été emprisonné. Ainsi la petite troupe de forçats va-t-elle rejouer sous les yeux de l’homme d’église le drame romantique qui changea sa vie et celle de Simon.

Ce drame de l’auteur Michel Marc Bouchard est une œuvre majeure du répertoire québécois dans lequel les passions s’exacerbent et où la folie prédomine : celle de la Comtesse de Tilly, une aristocrate déchue qui appelle avec obstination sa bicoque un « manoir » ; celle de la française Lydie-Anne de Rozier, tellement experte dans l’art du mensonge qu’elle se ment à elle-même ; celle du jeune Simon et du comte Vallier de Tilly, follement amoureux sans le savoir encore et celle, surtout, du jeune Bilodeau, qui pense aimer Simon comme on aime un ange.

L’homosexualité et son incompréhension est un des thèmes majeurs de ce texte magnifique, mais le metteur en scène a pris le parti de le mettre au second plan, derrière celui de la vengeance par l’art. La mise en abyme est au cœur du dispositif. En positionnant l’évêque Bilodeau comme observateur éclairé de l’histoire cachée de sa propre vie, Olivier Sanquer affirme avec force le pouvoir de la catharsis et la prédominance, parfois, de l’art sur la vérité officielle.

La sobriété de la mise en scène s’adapte aux conditions carcérales, les prisonniers n’ayant que leurs vêtements, des chaises et leur soif de vérité pour seuls alliés. Les comédiens de la troupe Nacéo sont tous d’une justesse étonnante. Victor Perrault en Simon jeune et Axel Arnault en Vallier de Tilly forment un couple crédible et émouvant, bien loin des clichés gays.

Morgan LE MOULLAC

Les Feluettes, ou la répétition d’un drame romantique
De Michel Marc Bouchard
Jusqu’au 2 août à 20h05 au théâtre de l’atelier 44, 04 90 86 09 31
Mise en scène de Olivier Sanquer
Régie et conception sonore de François Leclerc
Avec : Axel Arnault, Denis Giguère, Rouslan Kats, Pier-Hugues Madore, Victor Perrault, Alexei Podgouzov, Guillaume St-Pierre, Sébastien Poulin-Fortin, Fernando Tuñon Hernandez
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 01:31
COUP DE COEUR RUEDUTHEATRE

CERTAINS L’AIMENT SHOW

Allégorie poétique et absurde du monde contemporain, Happy End est superbement servi par une mise en scène innovante et deux comédiennes à couper le souffle. A ne pas rater.

A la croisée du théâtre d’objet et de marionnette, il y a Happy End. La collaboration étroite entre l’auteur Kossi Efoui et la Compagnie Théâtre Inutile a donné naissance à un objet d’art étrange et fascinant, récit d’un monde post-apocalyptique aussi effrayant que familier. Deux bouffons, Parapluie et Parasol, Alexandra Boukaka et Marie-Dolorès Corbillon, remarquables de drôlerie, sont chargés de commenter la grande cérémonie de la « fête du feu amical » durant laquelle les deux groupes autrefois antagonistes, les 4 et les 4 prime, désignent un Grand Coupable Officiel dans le but de préserver la paix.



Tout est matière à émerveillement dans cette pièce. Le texte de Kossi Efoui, d’abord, dont l’écriture oscille entre l’étrange et l’absurde avec beaucoup de finesse et d’humour. Le sujet est grave pourtant, car il s’agit d’une allégorie de la guerre – de toutes les guerres – dont l’origine se perd dans les mémoires. Il faut désigner un coupable, un bouc-émissaire capable de cristalliser sur lui toute la haine d’un peuple ; et cela sera fait tout les vingt-cinq ans, selon des codes d’une complexité administrative. L’occasion est trop belle pour l’auteur de fustiger les accointances entre les médias et le pouvoir qui nous servent du politique comme n’importe quel show.

La beauté d’un tel texte méritait une mise en scène au moins aussi inventive et Nicolas Saelens ne s’est pas gêné. Le dispositif scénique complexe devient évident à mesure que la pièce progresse. Parapluie et Parasol manipulent des fragments de miroirs brisés figurant divers intervenants de la cérémonie, ou encore des feuilles de papier sur lesquelles sont rétro-projetées de vagues portraits. Les deux bouffons, enfermés dans un carrousel futuriste interprètent ainsi un magnifique ballet de mots, de sons, de lumières et de mouvements, parodie éclairée du grand mess médiatique. Happy End se termine mal : on aurait voulu que ça continue…

Morgan LE MOULLAC

Photo © DR
Happy End au Théâtre Le Ring à 19h30
Ecrit par Kossi Efoui
Mise en scène de Nicolas Saelens
Musique de Karine Dumont
Plasticien : Hervé Choquet
Régie Lumière : Hervé Recorbet
Avec : Alexandra Boukaka et Marie-Dolorès Corbillon

Réaction du Public :
- « On a matière à réfléchir »  Isabelle Le Moell, 35 ans, enseignante
- « Je suis très heureuse d’avoir vu ce spectacle, on a l’impression de voir deux gamines qui s’amusent. Les bruitages sont géniaux, on est surpris à chaque fois qu’elles ouvrent la bouche »  Karine Dedeurwaerder, 37, comédienne


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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 01:26
VOYAGE ESTHETIQUE AU PAYS DE CERVANTES

L’ingénieux hidalgo Don Quichotte de la Manche de Cervantès est un des monuments de la littérature européenne. En tenter une adaptation théâtrale n'était donc pas une mince affaire... Mais en dirigeant son travail sur la retranscription du processus créatif de l'auteur du roman, la compagnie Pas de Dieux donne naissance à un spectacle aussi esthétique qu'ingénieux.

Sur scène, on aperçoit une grande étendue de draps beiges, un désert figuré. Rentre un homme presque nu. Il erre sans but, lorsque lui apparait un livre, l'idée d'un roman. Cet homme se vêt alors d'amples vêtements d'épéiste: Don Quichotte vient de donner vie à Cervantès. Cervantès doit maintenant donner corps à son œuvre...  Don Quichotte, samouraï errant ? Pourquoi pas. La troupe a choisi de déplacer le récit dans un monde onirique d'inspiration asiatique: une invitation à découvrir (ou à redécouvrir) cette histoire désormais célèbre, à travers différentes scènes-clés, devenues mythiques pour la plupart.



Une exploration du processus créatif

Manipulant accessoires et comédiens, les disposant sur scène et les animant... L'Auteur omniprésent, au rôle quasi divin, devient le centre de la pièce.
La compagnie, spécialisée dans le mime, nous présente ici un superbe travail autour du thème de l'imagination : l'imagination-créatrice de Cervantès et l'imagination « maniaque » de son héros. Sous l'action de l'écrivain, les vérités se transforment en chimères, les gueux en seigneurs et les moulins en géants... Dans cet univers instable, un tas de sable peut, par la volonté du Créateur, prendre les traits de la tendre Dulcinée. Chaque scène est un prétexte à des images sublimes.

Choisissant la voie du mime pour raconter l'histoire de l'hidalgo, la troupe restreint au maximum l'utilisation du langage. Ne subsistent donc que quelques bribes de narrations en français et, sur scène, des dialogues en japonais destinés plus à souligner une intention qu'à jouer un réel rôle de signifié. Le résultat est étonnant. Mais, le spectateur, s'il est parfois bousculé, n'est jamais perdu... à condition qu'il connaisse l'œuvre dans ses grandes lignes ! Car, à vouloir réduire au maximum l'utilisation du verbe, le fil narratif s'estompe parfois. Le spectateur néophyte, ne pouvant replacer l'action dans aucun contexte précis, finit par s'égarer et ne pas comprendre le sens de certaines scènes. Un petit bémol qui, pour autant, n'enlève rien à la qualité de l'ensemble. Don Qui reste un très beau spectacle

Sébastien COTTE

Photo © DR

Don Qui, au Théâtre Le Gilgamesh à19h45
Texte et mise en scène: Leela ALANIZ
Avec: Yuka FUKUSHIMA, Sergi EMILIANO, Won KIM, Sarjeev PURUSHOTHAMA
Musique: François BLAIGNANT
Lumières: Paul DIVEL
Costumes: Lara PERBELLINI
Scènographie: Elia DAVID

Réactions du public:

« C'est très beau, la mise en scène est fine. La pièce est une excellente retranscription de l'univers de Cervantès. L'idée de ce langage imaginaire est assez intéressante, elle laisse toute sa place au travail du comédien. Ayant lu Don Quichotte, je n'ai pas été perdue. Mais, c'est vrai qu'une personne n'ayant pas fait de même pourrait ne pas percevoir toute les subtilités du spectacle. »
Geneviève, 54 ans, enseignante




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Published by Sébastien COTTE - dans Festival Off 2008
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4 août 2008 1 04 /08 /août /2008 01:23
CREER POUR VIVRE

Les Trois vies de Jane Austen est un spectacle porté par la mise en scène accorte de Lesley Chatterley et surtout par ses deux interprètes, rayonnantes et passionnées. Une belle dose de romantisme.

France, 2008. Rebecca, une jeune restauratrice de tableaux est à un tournant de sa vie : son père est décédé quelques jours plus tôt et son petit-ami la presse pour qu’elle accepte d’exposer les tableaux qu’elle a elle-même peint.  Angleterre, 1808. Jane Austen, jeune femme cultivée, est à un tournant de sa vie : après avoir flirté durant quelques bals avec un jeune irlandais nommé Tom Lefroy, elle attend pour bientôt une demande en mariage.



Les trois vies de Jane Austen est une très belle pièce, inspirée par la vie et l’œuvre de celle qui deviendra l’une des plus grande romancières de l’Angleterre. Ses ouvrages, et surtout « Orgueil et Préjugés » et « Raison et Sentiments » furent inspirés par sa propre vie et notamment son unique et grande déception amoureuse que fut Tom Lefroy. A partir de la découverte par Rebecca d’une lettre signée « J. A » adressée à Tom Lefroy, Les Trois vies de Jane Austen proposent de montrer le lien intime unissant cette déception amoureuse et la naissance d’une vocation artistique couronnée de succès.

La mise en scène de Lesley Chatterley est sobre, claire et profondément romantique. L’espace scénique est divisé en deux, à gauche le passé et à droite le présent. Au milieu, deux portes battantes dorées conduisant à un hors-scène qui peut tout aussi bien être la salle de bal que les fantasmes de l’anglaise. Cette distinction claire au début sera progressivement brouillée, chaque temporalité s’interpénétrant tour à tour, à mesure que l’enquête menée par Rebecca sur l’origine de la lettre avance. L’élégance de la mise en scène de Lesley Chatterley a surtout l’avantage de mettre en évidence la fraîcheur et la grâce de ses deux interprètes. Elodie Sörensen en Rebecca est touchante et fragile tandis que Celine Devalan en Jane Austen est confondante de crédibilité.

Morgan LE MOULLAC

Les Trois vies de Jane Austen
Théâtre du Bourg-Neuf les jours pairs jusqu’au 2 août, 04 90 85 17 90
Ecrit par Lesley Chatterley, Elodie Sörensen et Celine Devalan
Mise en scène de Lesley Chatterley
Avec : Elodie Sörensen et Celine Devalan
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Published by Morgan LE MOULLAC - dans Festival Off 2008
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